vendredi 5 septembre 2008

Jeudi 4 septembre – Entdecken das dirty south

Succès des négociations matinales pour reporter la date de paiement de ma caution et de mon loyer. Ravi, je saute dans le U-Bahn, armé d'une Kurz-Steck Karte. Valable pour trois stations, ce que j'ai appris à mes dépends à la quatrième grâce à un contrôleur bedonnant et son acolyte, une charmante jeune femme d'environ deux fois mon poids (brrr…). Pour une station de trop, je me retrouve à devoir payer 40€ (en cash, faut-il le rappeler)… Me voilà donc sur les quais d'une station dans un quartier inconnu. Dans l'obligation de trouver un distributeur, j'émerge dans la rue. Choc. Avenue rectiligne bordée d'immeubles bruns en béton. Ne manque que les drapeaux rouges et les patrouilles de Vopos. Karl-Marx Straße. Retour vers le futur. Dans une Trabant volante.

72€ pour la Farhkarte Umwelt, qui, quelle bonne nouvelle, donne le droit à son propriétaire de faire voyager gratuitement trois enfants avec lui. Youpi, rien à carrer… Potsdammer Platz. Wifi, enfin (vraiment gratuit). Re U–2 Ziel : Alexanderplatz. Saturn, fer à repasser : 8,77 €. Et encore, ils font moins cher. Escale chez l'incontournable Dönner (qui colonisent les locaux des vieux Imbiss, une lutte pour la domination alimentaire trop longtemps laissée sous silence). 2,80 € !! pour un vrai kebab, servi par un vrai Turc qui ne parle pas vraiment un vrai allemand. 

Après-midi : repérage à la Humboldt. Le bâtiment est tellement imposant que les nouveaux étudiants èrent une bonne demi-heure autour avant de franchir les portes sculptées et automatisées. Il faut dire que des immeubles portant les visages des frères Humbodlt – le sigle de la fac – on en compte facilement une bonne trentaine dans le centre de Berlin, sans compter le campus technique et la fac de médecine. Le 103 Unter Den Linden reste une adresse exceptionnelle. Toutes les universités n'ont pas pour voisin une concession Ferrari (là c'est vrai j'me la pète un p'tit peu). Hall de marbre rouge. Colonnes grecques. Dorures. Escalier monumental… Et face à la porte, un message de bienvenue de Karl Marx, un temps prof dans ces murs. De l'intérieur, la fac est encore plus impressionnante. Les portraits des recteurs successifs ainsi que ceux des 24 prix nobels issus de l'institution accompagne les visiteurs (Tiens, une statue grecque). Le plafond à cinq mètres et les portes qui s'ouvrent seules sur mon passage en rajoute en solennité. J'arrive devant l'Audimax. J'ai rempli mon contrat pour aujourd'hui. 

Passons à l'étape suivante, Ikea, plein sud.

S-Bahn jusqu'à Sudkreutz, une des quatre gares d'échanges berlinoises connectant le Ring, métro périphérique aux TER et autres ICE. Et à Berlin aussi les Suédois ont la haute main sur la décoration intérieure.

Je prend le S-42 sur le Ring, vers Östkreutz. Les quartiers qu'il traverse rappellent que Berlin est peut-être une ville underground, mais avant tout une ville pauvre. Aux abords de Tempelhoff, les voies ferrées longent de vastes étendues de friches industrielles et de terrains vagues. Dans beaucoup de métropoles, l'annonce de la fermeture d'un aéroport international en centre-ville aurait donné naissance à des projets délirants. Ici pourtant, rien de tel. Le plus frappant, ce sont les annonces immobilières qui passent sur les écrans dans le métro : « 58 m2, 3 chambres, balcons, à 15 minutes en U-Bahn d'Alexanderplatz : 288 € / mois. 74 m2 : 335 €… ». Et même si, autour de Stadtmitte ou de Leipziger Str. les loyers lorgnent vers Paris ou Londres ou que les grands groupes se battent à coup de tours écologiques, de flagships et de namings à 12 millions d'euros par an (comme le O2 World…), la ville a du mal à utiliser ses énormes réserves foncières.

En fait, la ville a perdu un million d'habitants depuis 1990. 20% d'Arbeitlosigkeit. 20 000 € de dette (contractée par le Land de Berlin) par habitant. Deuxième plus fort taux de criminalité d'Allemagne (par contre, là, je vois pas. On est vraiment très loin de Rio, ou de certains quartiers français…). De très nombreux habitants ne quittent pas leurs quartiers, vu le prix des transports. Les rappers allemands ont aussi leur Mecque, comme le Bronx (ou le 93…) : Berlin Dirty South. Pour l'originalité c'est pas encore ça, mais ça sonne pas mal ( www.myspace.com/41beatfanatika par exemple. En plus on comprend plus facilement les paroles que lors d'une vrai conversation).

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