Tegel International Airport (TXL pour les intimes), 9h00. 6 ans plus tard. Berlin ist wieder Berlin. Premiers pas sur le sol germanique, d'une banalité surprenante. Les instructions sont en anglais, et comme plus aucun contrôle de passeport ne marquer l'entrée en RFA, on ne sent pas la solennité de l'instant, car solennité il devrait y avoir.
Pourtant, l'Allemagne est là, et bien là. Sortie de l'aérogare, hésitations, retour et re-sortie pour enfin trouver les arrêts de bus. Contrairement à Roissy ou Orly, Tegel n'a le droit qu'au bus.
Direction Zoologischer Garten, sachant que sur Google Map, ma Résidence Universitaire n'est pas loin d'un zoo. Et là, premier vrai contact avec l'Allemagne : « Ausweiss bitte ». Inconsciemment ça fait penser à des trucs. Une fois l'Ausweiss contrôlé arrive, après une Église de Scientologie (ici aussi ?) l'arrêt Zoologischer Garten comme me le signale une dame d'un certain âge aux cheveux rouges. À noter que le Berlinois ne se cantonne pas aux seuls et fades brun, blond, châtain et roux. Non, le Berlinois se pare de bleu, vert, jaune, et ce à tout âge. Le Berlinois est un personnage central à Berlin. Il convient donc d'y prêter une attention particulière, on pourrait le froisser.
Donc, descente. Flottement. Éclair de lucidité. Berlin a trois zoos. Le bon – le mien, qui se nomme en fait Tierpark – est à 25 kilomètres. Là a lieu la première rencontre avec le système sanguin berlinois : le U-Bahn (et son ptit frère le S-Bahn, RER de la capitale allemande). U-5 direction Alexanderplatz puis U-6 direction Helhow (je crois). La durée du trajet permet de poursuivre l'observation du Berlinois. Et curieusement, on le croirait majoritairement resté fin 1990 début 2000 (voire largement plus tôt). Vestimentairement, il est bien loin du Parisien. Les slims et consorts sont loin de faire l'unanimité ici-bas. Par contre, le Berlinois sous-terrain est courtois, poli et tout et tout. Un vrai Allemand.
Tout trajet ayant un but (comme la ligne a son Ziel), le mien arrive : Tierpark. La station donne sur le jardin zoologique en question. Lui fait face la quintessence du style architectural post 1945 à l'Est de l'Europe. Gasp. C'est vrai, Berlin Est fait vraiment Berlin Est. Mon nouveau chez-moi. De loin ou de haut, ça parait rugueux. En réalité, par moment, on pourrait se croire partout, sauf dans une ville de 3,5 millions d'habitants tellement c'est vert. Chaque barre (ou chaque tour, question de point de vue) est cernée par des jardins… ça en deviendrait humain.
Pour un Français moyen (présent), une telle concentration de population (la norme est d'environ 8 étages / immeubles), avec de plus un forte proportion de HLM, c'est un ghetto. Ici on se croirait dans une p'tite ville de campagne. Les jeunes sont assez scooter – tunning, hésitant entre le survet et le costume du parfait petit punk (coupe de cheveux roses incluse), mais pas du tout craignos. Un bon point.
Après une longue errance au hasard des trottoirs arrive le Sewanstraße nr. 164 bis 219. Majestueux parallélépipède de béton, doté de son inévitable square. L'accueil est à son extrémité, au 219. C'est géré par le CROUS allemand. Donc ça marche. En 4 minutes, j'ai ma clé (une pour toutes les pièces de la résidence, les portes d'entrée, salles communes et botes aux lettres, très collectif), mon état des lieux, mon contrat de bail et le montant du loyer et de la caution. À payer en cash. (Si les Chinois ont inventé le billet de banque, c'était surement pour le vendre aux Allemands. Tout ou presque se fait en cash). Point négatif, le WIFI est payant et facturé au méga-octets. Le triple-play n'est pas encore la norme de ce côté du Rhin.
Sortie, direction le 215, porte d'entrée, ascenseur, six étages. Il en reste encore six au-dessus, mais c'est ici. Ouverture de la porte. Le WohnGemeinschaft (WG) se décompose en un couloir desservant la salle d'eau à droite, puis la cuisine et une chambre. L'autre côté est occupé par deux chambres. C'est clean, voire aseptisé. Pourtant au fond du couloir des fringues sont étendues sur le séchoir (prévu à cet effet). Ma chambre est au fond du couloir à gauche…
Toujours la clé. La pièce est immaculée, 13m carré qui sente limite le désinfectant. Comme le reste de la résidence, elle a été rénovée en 2004 ; une baie vitrée donne sur une tour (après un jardin...). Cinq meubles sont disséminés dans le chambre. Lit – bureau – chaise – deux armoires. D'aucun diraient épuré. C'est pire. Posage des affaires et tour du co-propriétaire (rapide : SDB et cuisine). Quelque traces de vie attestent de l'existence d'au moins un habitant, qui pour l'heure est absent. Dans la cuisine, un poster FHM me rappelle un certain backpackers anglais – et certains de ses occupants… À voir.
14h, décollage direction une banque, étape obligée pour l'étudiant de passage. À Tegel, tous les établissements du pays se battaient pour souhaiter au visiteur la bienvenue en Allemagne. Confiant, je commence à m'enfoncer dans le quartier, au hasard des rues. Mais à 15H, toujours pas la moindre banque. Par contre, des Friseurs, des carrossiers (voire plus haut), des boutiques de trucs inutiles, des Imbiss glauques… La première agence Deutsche Bank qui apparaît deviendra surement – et à juste titre – un lieu de pèlerinage obligé. Bizarrement, la conversation avec les employés se passe bien, et en 10 minutes, le compte est créé.
Escapade culturelle vers Alexanderplatz, le vrai cœur de Berlin, assez marqué 1970, et dominé par la Fernsehturm, plus grand bâtiment d'Allemagne et point de repère obligé dans la capitale. Vient ensuite la mairie de Berlin, la Rote Haus. Devant elle, les statues de Marx et Enghels. Après la Spree on passe dans la Museeninsell. À gauche, les ruines en reconstruction du Palais de la République de la RDA déconstruit en 2003. L'axe central de Berlin est toujours dans l'Histoire. L'Université Humboldt est à 300 mètres, une fois passé l'autre bras de la Spree. Plus pur style prussien, comme le reste de Unter den Linden. Tout au long de ces Champs Élysées berlinois s'alignent les symboles de la puissance de l'Allemagne qui rappellent que Berlin est une vraie capitale : sièges sociaux, ministères, le fameux hôtel Adlon, department stores, concessions de luxe, ambassades (à quelques rues se côtoient les représentations russe, américaine, britannique et française). La Brandenburger Tor clôt l'avenue et ouvre sur le Reichstag...
Retour à Sewanstraße, via le McDo de Frankfurter Allee. Ascenseur – 6 étages. Et là, découverte du colocataire. Grand, blond, lunettes cerclées métal (qui figure avec la moustache au Panthéon stylistique d'Outre Rhin)… Allemand peut-être? David, aus Magdeburg. Trainee (en alternance) dans le management. Il sait surtout où se trouve l'ikea le plus proche, ce qui lui confère à mes yeux une certaine aura…