dimanche 26 octobre 2008

Du nouveau à l'Est

Postdamerplatz, version sud
La tour est l'œuvre de Renzo Piano.

Berlin, de la Leipziger Platz (à gauche) à plus loin…

Berlin, le Tiergarten, DB Tower, Mitte, le tout depuis la Debbie Tower (à 96 mètres)

Bientôt deux mois de présence dans la capitale teutonne… Et comme une impression bizarre, qui me ferait dire : « Déjà!!! ». J'essaye de reprendre le fil après un mois et demi d'absence de nouveaux articles. Et de m'interroger sur ce que j'ai bien pu en faire. 


Récapitulons.


Les cours ont réellement débuté il y a deux semaines. Et ça a été la confirmation d'un cliché à l'égard des Allemands, ils bossent. Par contre, non, les universités allemandes n'ont rien de très prussien ou de très rigoureux en ce qui concerne leur fonctionnement. L'année universitaire se divise en deux semestres (oh, quelle originalité), Wintersemester du 15 octobre au 15 février, Sommersemester de la mi mars à la mi juillet (oui, oui, juillet…), crédités de 30 SP (ou Studien Punkt, qui valent un ECTS. La question étant : pourquoi ne pas les appeler directement ECTS ?). Ma fac, la Wirtschaftswissenchaftsfakultät (ou wiwi, entre initiés) remet un Studienführer (le mot n'est pas super engageant), un catalogue de l'ensemble des cours proposés. C'est aux étudiants de choisir leurs cours, sans aucune exigence particulière. Pas de vraie distinction entre Bachelor et Master, surprise de découvrir qu'un cour comme Business and Society a en fait lieu en allemand (comme le laissait présager l'intitulé), des amphis vieux de 60 ans (dont les sièges semblent dessinés pour des personnes dotées de tout petits bras, les tables arrivant au niveau des épaules), des salles en travaux (un genre de travaux dangereux, à voir les panneaux triangulaires à tête de mort sur le plan de la fac, drôle), une administration super bien organisée (pour récupérer sa caution versée pour la réservation d'une chambre de Cité U, d'adresser à trois bureaux différents situés dans trois ailes différentes et sur deux étages du Hauptgebaüde d'Unter den Linden = une heure…)… 

En fait, la Humboldt rénove une par une ses facultés (soit une quarantaine de bâtiments éparpillés de l'Alexanderplatz au Reichstag, de part et d'autre de la Spree = trois stations de S-Bahn), la Wiwi est en plein dedans.


Et tiens, l'hiver arrive. Pour les Berlinois, l'hiver commence en novembre. Personnellement, je le croyais déjà la depuis quelques semaines, mais non (pourtant 2° à 5° le matin, ça pouvait le laisser penser). Et je viens de me rendre compte qu'on vient de changer d'heure. Il fait donc nuit à cinq heure fin octobre, dès 15h30 – 16h en décembre, soit une heure plus tôt qu'à Rennes ou qu'à Brest (ça fait bizarre).


Les Berlinois n'en finissent pas de m'étonner. Ce qui me surprend le plus, c'est leur capacité à s'habiller comme des beaufs alors même que Berlin est surement une des villes les plus avant-gardistes et les plus créatives d'Europe. Sur ce point, impossible de le nier, Berlin bouge, remue, fourmille (de façon plus ou moins coordonnée). Il vaut mieux ne pas considérer Berlin comme une seule et unique ville, plutôt comme une mosaïque de villages ou de paysages urbains aux spécificités très marquées. La notion allemande de Bezirk, entité administrative plus grande qu'un quartier, sans être vraiment un arrondissement au sens français semble avoir été imaginé pour Berlin. Au hasard des rues on passe ainsi dans des univers hyper-variés. Tour d'horizon :

Kreuzberg, au sud de la Spree, où cohabitent communautés autonomes anarchistes et immigration turque (Kreutzanbul) – à noter que le Sénat de Berlin entend faire des rives de la Spree un nouveau quartier d'affaire (MediaSpree). Même si Allianz, Universal Music Germany ou MTV Europe sont présents, personne ne sait vraiment qui occupera ces nouveaux bureaux, alors que Berlin compte un nombre impressionnant d'immeubles vides et que le quartier est un des hauts lieux de la nuit berlinoise ;

Friedrichshain, plus à l'Est, hyper-touristique et grouillante d'étudiants, exemple type d'une architecture « raisonnée » est-allemande, à l'exacte opposé des alignements de tours et de barres ;

Prenzlauerberg, au nord-est, ancien quartier alternatif aujourd'hui un des lieux de prédilection des jeunes branchouilles (j'avoue, on n'en trouve quand même) et de la communauté gay ;

Hackesher Markt / Orianenburgstrasse / Friedrichsstadt, l'ancien quartier juif, où l'on retrouve les vestiges d'un certain Berlin anar', ceinturés des nouveaux lieux hantés par les bobos berlinois (Alternative Yuppies, selon la terminologie anglo-saxonne en vogue par ici) : galeries d'art, bars d'avant-garde, boutiques de créateurs, agences de com ou des nouveaux médias (MySpace Europe…) ;

Mitte, autour d'Unter den Linden et de l'Alexanderplatz, le mix « parfait » entre immeubles du gouvernement fédéral, monuments hérités de la splendeur prussienne et department stores de luxe (dont les inénarrables Galeries Lafayette)…

la Potsdammer Platz, « The Platz to be », d'où est sorti en l'espace de quinze ans un quartier d'affaire rutilant (et un rien mégalo) longeant le Tiergarten ;

justement, de l'autre côté à l'ouest, le Kudamm', centre de Berlin Ouest qui garde son petit côté ilot d'opulence au cœur d'un océan de précarité soviétique …




Sans compter les trucs sortis de nulle part, comme le Tape Club, temple de la musique minimaliste berlinoise (planté dans un hangar du genre Rungis derrière la Hauptbahnhof – soit, pour ainsi dire, nulle part – un passage obligé à Berlin). Et donc, ce qui me ramène à mon observation, même là, les Berlinois sont mal sapés…


Et en passant, Berlin reste une ville chargée d'histoire. XVIIIème siècle resplendissant comme au Schloss Charlottenburg, résidence de la reine de Prusse Sophie Charlotte de Hannovre, j'en profite pour étaler mon savoir tout neuf). XXème douloureux (Mythos Germania, où le projet délirant de Welthaupstadt imaginé par Hitler et Speer*). Ou XXème ridicule, quoique un peu inquiétant au « Bunker 5001 », où devait se réfugier le Politburo du SED, parti socialiste de la RDA en cas de guerre nucléaire sur le sol allemand. Le site, à une trentaine de kilomètres au nord de Berlin est impressionnant, vaste enfilade de pièces et de couloirs enfouis sous 10 mètres de terre et de béton dans un décor de base militaire abandonnée perdue au milieu des bois. 

Question : une fois l'Allemagne transformée en un vaste parking nucléaire tout lisse (et avec elle, les Allemands), à quoi pourraient servir 300 ploucs enfermés dans une cave ?


* Berlin conserve quelques traces de ce projet réellement effrayant, comme le début d'une Autobahn souterraine – le tunnel routier le plus large au monde – enfoui sous le Tiergarten… Mais le témoignage le plus parlant reste le Humboldthain, au nord de Berlin. À première vue, un Volkspark comme un autre, avec sa roseraie, sa piscine et sa colonne arborée. Pour info, Berlin est une des grandes villes les plus plates d'Europe. Les seules promontoires (6 ou 7) sont des amoncèlements de débris issus des ruines de la ville, et convertis en parcs publics. Seulement le Humboldthain et sa colline sont en fait les vestiges d'une forteresse anti-aérienne érigée par les Nazis durant la guerre. Ce monstre de béton et d'acier a supporté sans problème des années de bombardements alliés et des semaines pilonnages soviétiques. Dans les années 50, après plusieurs essais et grâce à des dizaines de tonnes d'explosifs, la partie sud a été rasée. Les soviétiques ont préféré limité les frais et convertir les restes en les recouvrant de terre. Je m'étend, mais personnellement, je suis passionné.

jeudi 23 octobre 2008

Schreibung wird bearbeitet - Work in progress




Dire que je n'ai pas été assidu est un euphémisme, aussi crédible que les interdictions de fumer dans les stations de métro berlinoise.
Mais je pense sérieusement à m'y remettre, disons ce week-end.

Pour le moment, mes premières semaines à la fac agissent comme un rouleau compresseur, écrasant au passage tout ce que je croyais savoir sur la ponctualité et l'organisation à l'allemande. La seule idée préconçue qui s'est avérée exacte reste que oui, les Allemands forment un peuple qui bosse. Beaucoup. Trop. (Voire même n'importe comment, du moment qu'ils bossent).
Bref, les jours sont assez courts.

La suite pour bientôt…



dimanche 21 septembre 2008

3. Woche – United States of Germany

Il existe un pays où la voiture est un objet de culte, où manger est une obsession (si possible vite, gras et à emporter), où les retraités doivent travailler pour pallier aux pensions trop faibles. Un pays où critiquer le gouvernement fédéral est un sport national, où la richesse côtoie le dénuement complet, où il est possible d'entrer dans un magasins de fringues du XXL au 8XL, où les championnats de hockey, de basket ou de foot US squattent les unes des quotidiens…

Il suffit de traverser le Rhin. 

C'est assez surprenant, mais les Allemands ont adopté énormément de comportements et même de mots (on parle de Laptop ou d'usb Stick) américains. On est très loin de l'image d'Épinal… Et parallèlement, les manifestations se terminent aussi bien devant la Chancellerie Fédérale que devant l'ambassade (massive) US. Ca en devient marrant.


Par ailleurs, je découvre le Berlin alternatif et festif, qui se croisent assez souvent. Il n'est pas rare de trouver un club ultra-hype entouré de stations de métros squattées et de terrains vagues parsemés de seringues usagées. Par moment on se demande vraiment pourquoi on vient de se taper une heure de U-Bahn (dont trois stations en bus, logique pour une ligne de métro…) pour arriver nulle part (en l'occurrence, quelque part vers Kreutzberg) avant de tomber par hasard sur un bar-club indo-lounge. Das alles ist Berlin…

Excursion au Flohmarkt  de Mauerpark, dans le nord ouest de la ville. C'est un grand marché aux puces dont la majeure partie des "commerçants" semble sortir tout droit d'un teckos (technival). L'endroit idéal pour trouver, au milieu d'un océan de trucs inutiles, des meubles, bouquins et ustensiles divers made in East Germany. Et surtout des fringues de créateurs débutants vraiment po mal (et pas cher en plus).

Ah, j'oubliais. Rencontre avec le RU allemand, Mensa de son petit nom.

Une (dés)organisation un rien soviétique, bouffe hésitante facturée au plat (voire au poids). Fait presque regretter le Fougères…

dimanche 14 septembre 2008

Reichtag


Potsdamerplatz

Mémorial de la Shoah

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Deuxième semaine – Berlin als Fremdleben

Lundi, 15h : 27°. Dimanche, 15h : 11°… À ce rythme là j'aurai mieux fait de partir en Islande…


Ma vie berlinoise se met en place. Les cours de Deutsche Als Fremdsprache – Allemand langue étrangère – ont commencé. Prenez 15 étudiants de 20 à 26 ans originaires de toute l'Union , du Canada et du Japon, faites les parler allemand et vous passerez la moitié du temps à décrypter les différents accents… Le reste du temps, vous ramez à expliquer des concepts qui n'existe que chez vous. Allez tenter de faire comprendre à une étudiante danoise le fonctionnement des classes prépas (le tout en Allemand, même pas le droit à l'Anglais. À la limite, mimez). Groupe sympatoche, d'horizons divers (avec quand même 4 francophones…). Et au fonctionnement tout autant différent, quand on sait qu'au Danemark, on ne vouvoie que la Reine alors qu'au Japon, on vouvoie différemment si l'interlocuteur est plus ou moins âgé que vous. 

Les cours se passent Dorotheenstraße, dans un immeuble tout neuf (Sprachen-Zentrum) en face de l'ambassade roumaine, à 250 mètres du Reichtagsgebaüde, soit en plein quartier gouvernemental. Comme toujours à Berlin, le lieu ne correspond pas à la fonction. En l'occurrence, Dorotheenstraße accueille – entre autre – les bureaux du Bundestag, le centre de presse de la Chancellerie Fédérale et le siège berlinois de Veolia : du lourd. Pourtant la route (en ciment) est complètement défoncée. Les immeubles sortent tout droit de l'imagination débordante des architectes géniaux issus des écoles de la RDA (”Tiens, l'accès handicapé a des marches…“) et les chauffeurs de taxis (à l'affut des clients du 4 étoiles qui touche le SZ) bloquent assez souvent la circulation en s'aventurant dans des manœuvres assez sombres.

Cependant l'ambiance est pas mal, un mélange de cadres sup' (mangeant leur Curry-Würtz dès 11 heures), de hauts fonctionnaires (munis des mêmes saucisses au curry aux mêmes heures) et d'étudiants étrangers (surpris de voir des cadres supérieurs et des hauts fonctionnaires une saucisse dégoulinant de graisse – même au curry – à la main).

Autre chose. En réfléchissant dans le U-Bahn – entre deux contrôles de Fahrscheine (toujours par les mêmes contrôleurs en civil, payés 450€ mensuels : emploi d'intégration), on a tout le temps de réfléchir dans le U-Bahn… Bref, je me suis rappelé que Berlin avait eu à une époque deux centre-villes. J'ai remarqué que la plupart du temps, pour un étudiant ou un touriste, Berlin se compose surtout de l'ancien Berlin-Est. Donc excursion week-endale à la découverte de Kurfürstendamm. Après plusieurs errances dans le Netz (le réseau de transports), heureusement, j'étais pas tout seul, nous débarquons un peu par hasard Wittenbergplatz. Et là, surprise, des gens. Des vrais gens comme dans toutes les grandes villes d'Europe. En face de la U-Bahnof se détache la silhouette unique de la Kaiser-Wilhem-Gedenktnisskirche (qui ne s'écrit surement pas comme ça. En vrai ça veut dire Église du Souvenir). À moitié rasée pendant la Guerre, l'Église a conservé en l'état son clocher d'origine. Autour on a construit une nouvelle église moderne, dont le nouveau clocher fait office de miroir à l'ancien. C'est réellement impressionnant. 

Néanmoins, l'attraction la plus intéressante du Kudamm est sans conteste sur la droite : le Kaufhaus Des Westen, ou KaDeWe, le plus grand grand magasin d'Europe. Huit niveaux immenses où se croise l'ensemble des grandes marques mondiales (remarque, sans les françaises et les italiennes, il ferait plus que trois étages). Le dernier étage abrite l'un des rayons « gourmet » les plus fournis au monde. Où ils vendent la baguette 2,50€. Lol.

Le Kudamm accueille les magasins des plus grands couturiers, joaillers, chaines diverses… comme partout ailleurs, mais aussi les concept shops des designers locaux, qui sont autrement plus intéressant. Les rues adjacentes, où se croisent Lamborghini, Ferrari et Bentley (la bagnole est la grande passion de l'Allemagne) sont super agréables, les immeubles semblent plus anciens qu'ailleurs dans la ville. Et ici aussi, on trouve facilement des places de parking. Même sur le Kudamm. C'est sidérant. Par contre – on reste à Berlin – hormis dans des zones bien précises, les rues sont pas super fréquentées, juste une manifestation contre la Scientologie. Les Allemands doivent être terrorisés par les manifestations. Une trentaine de manifestants. Au moins autant de flics (dans leurs uniformes verts assez laids).

Escale au Reichstag. Enfin plutôt tentative, puisque portes ouvertes oblige, la moitié de la ville y est aussi. Les alentours sont sortis de terre dans les cinq dernières années et abritent, entre autre la Bundeskanzleramt, sorte de Matignon allemand relooké par un designer d'espace. Et au milieu, outre le fait que la Spree y coule, on trouve les habituelles zones à l'abandon.


C'est écrit dans le U-Bahn : ”Sei arm, sei sexy, sei Berlin“ : « soit pauvre, soit sexy, soit Berlin ».

dimanche 7 septembre 2008

Photos




Humboldt Universitätt zu Berlin

Vendredi 5 > Dimanche 7 – « Das alles ist Deutschland, das alles ist wir »

Bizarrement j'ai appris que j'étais un immigré en situation irrégulière… Vérité implacable qui m'est apparue alors que, payant leurs stages de Sprachkurse, la majorité des étudiants Erasmus arboraient fièrement leur Anmeldung. Ce document d'allure banale sert à justifier à tous ceux qui le savent déjà que vous habitez bel et bien à Berlin. Sachant que depuis votre arrivée, votre fac est au courant, le Studentwerk est au courant, votre nouvelle banque est au courant, tout comme votre nouvel opérateur mobile, les douanes, les services aéroportuaires, BerlinVerkherGemeinde, l'agence Socrates, etc… Mais vous pourriez mentir. Obtenir ce sésame tant convoité requiert une attente de 2 heures au Bürgeramt, surement pour que les expatriés français ne soient pas surpris de découvrir des services publics efficaces (sont fort ces Allemands). Et donc ça y est, les cours commencent demain. Parmi les 200 étudiants du stage, au moins 40 Français.

Le rythme de vie berlinois est assez surprenant. Le samedi tous les Supermarkt sont fermés dès 17h. Et garer sa voiture, même sur Alexanderplatz ou Unter Den Linden ne pose pas de problème. Les gens ont le temps et sont polis. Et pas que les gens. Aux U-Bahnhof les TV interrompent leurs programmes pour vous dire qu'un train arrive (sinon vous auriez pas pu le deviner…). Le U-Bahn vous signifie à chaque arrêt de quel côté descendre, des fois qu'il vous soit apparu nécessaire de détruire une porte close et de vous glisser le long du mur pour devoir sortir de la rame. Le consommateur semble être avant tout un ami, puisque toutes les indications dans les magasins sont à la deuxième personne du singulier. 

Et les gens mangent. Partout, de tout, n'importe quand. Croiser un cadre sup' tenant une saucisse à la main est habituel. Du coup, le métro sent la bouffe. L'atmosphère des stations est un joyeux mélange d'odeurs de curry, de kebabs et de McDo, même à 7h… Berlin a poussé le concept d'homme-sandwich à son paroxisme : dans toutes les rues passantes des vendeurs portent un plateau chauffant recouvert de saucisses au curry.

Dans une capitale européenne, il est assez rare de voir des écureuils traverser les rues. Comme il est rarissime (et douteux) d'y croiser des rats… Et par moment, entre les immeubles à l'abandon et les odeurs d'égouts – et sans les expositions d'art conceptuel ou les équipes de tournage – on se croirait un peu dans un pays en développement. 

vendredi 5 septembre 2008

Jeudi 4 septembre – Entdecken das dirty south

Succès des négociations matinales pour reporter la date de paiement de ma caution et de mon loyer. Ravi, je saute dans le U-Bahn, armé d'une Kurz-Steck Karte. Valable pour trois stations, ce que j'ai appris à mes dépends à la quatrième grâce à un contrôleur bedonnant et son acolyte, une charmante jeune femme d'environ deux fois mon poids (brrr…). Pour une station de trop, je me retrouve à devoir payer 40€ (en cash, faut-il le rappeler)… Me voilà donc sur les quais d'une station dans un quartier inconnu. Dans l'obligation de trouver un distributeur, j'émerge dans la rue. Choc. Avenue rectiligne bordée d'immeubles bruns en béton. Ne manque que les drapeaux rouges et les patrouilles de Vopos. Karl-Marx Straße. Retour vers le futur. Dans une Trabant volante.

72€ pour la Farhkarte Umwelt, qui, quelle bonne nouvelle, donne le droit à son propriétaire de faire voyager gratuitement trois enfants avec lui. Youpi, rien à carrer… Potsdammer Platz. Wifi, enfin (vraiment gratuit). Re U–2 Ziel : Alexanderplatz. Saturn, fer à repasser : 8,77 €. Et encore, ils font moins cher. Escale chez l'incontournable Dönner (qui colonisent les locaux des vieux Imbiss, une lutte pour la domination alimentaire trop longtemps laissée sous silence). 2,80 € !! pour un vrai kebab, servi par un vrai Turc qui ne parle pas vraiment un vrai allemand. 

Après-midi : repérage à la Humboldt. Le bâtiment est tellement imposant que les nouveaux étudiants èrent une bonne demi-heure autour avant de franchir les portes sculptées et automatisées. Il faut dire que des immeubles portant les visages des frères Humbodlt – le sigle de la fac – on en compte facilement une bonne trentaine dans le centre de Berlin, sans compter le campus technique et la fac de médecine. Le 103 Unter Den Linden reste une adresse exceptionnelle. Toutes les universités n'ont pas pour voisin une concession Ferrari (là c'est vrai j'me la pète un p'tit peu). Hall de marbre rouge. Colonnes grecques. Dorures. Escalier monumental… Et face à la porte, un message de bienvenue de Karl Marx, un temps prof dans ces murs. De l'intérieur, la fac est encore plus impressionnante. Les portraits des recteurs successifs ainsi que ceux des 24 prix nobels issus de l'institution accompagne les visiteurs (Tiens, une statue grecque). Le plafond à cinq mètres et les portes qui s'ouvrent seules sur mon passage en rajoute en solennité. J'arrive devant l'Audimax. J'ai rempli mon contrat pour aujourd'hui. 

Passons à l'étape suivante, Ikea, plein sud.

S-Bahn jusqu'à Sudkreutz, une des quatre gares d'échanges berlinoises connectant le Ring, métro périphérique aux TER et autres ICE. Et à Berlin aussi les Suédois ont la haute main sur la décoration intérieure.

Je prend le S-42 sur le Ring, vers Östkreutz. Les quartiers qu'il traverse rappellent que Berlin est peut-être une ville underground, mais avant tout une ville pauvre. Aux abords de Tempelhoff, les voies ferrées longent de vastes étendues de friches industrielles et de terrains vagues. Dans beaucoup de métropoles, l'annonce de la fermeture d'un aéroport international en centre-ville aurait donné naissance à des projets délirants. Ici pourtant, rien de tel. Le plus frappant, ce sont les annonces immobilières qui passent sur les écrans dans le métro : « 58 m2, 3 chambres, balcons, à 15 minutes en U-Bahn d'Alexanderplatz : 288 € / mois. 74 m2 : 335 €… ». Et même si, autour de Stadtmitte ou de Leipziger Str. les loyers lorgnent vers Paris ou Londres ou que les grands groupes se battent à coup de tours écologiques, de flagships et de namings à 12 millions d'euros par an (comme le O2 World…), la ville a du mal à utiliser ses énormes réserves foncières.

En fait, la ville a perdu un million d'habitants depuis 1990. 20% d'Arbeitlosigkeit. 20 000 € de dette (contractée par le Land de Berlin) par habitant. Deuxième plus fort taux de criminalité d'Allemagne (par contre, là, je vois pas. On est vraiment très loin de Rio, ou de certains quartiers français…). De très nombreux habitants ne quittent pas leurs quartiers, vu le prix des transports. Les rappers allemands ont aussi leur Mecque, comme le Bronx (ou le 93…) : Berlin Dirty South. Pour l'originalité c'est pas encore ça, mais ça sonne pas mal ( www.myspace.com/41beatfanatika par exemple. En plus on comprend plus facilement les paroles que lors d'une vrai conversation).

Mercredi 3 septembre – Hard-discount und Recht und Freiheit

… Premier réveil berlinois. Je remarque que ma chambre est orientée plein est quand vers 6h30 le soleil se lève. Chose curieuse, Studentwerk Berlin n'a pas cru utile de doter les chambres de volets. Donc lumière + chaleur = réveil matinal. D'autant plus inévitable qu'entre la tour d'en face et le WG se dresse un Gymnasium vers lequel converge des hordes de Jeunes Allemands. Direction les courses. Découverte d'un concept très allemand, qui consiste à mettre tout le non-alimentaire dans un magasin indépendant. Enfin apparaît un Aldi, dans un parking paysager. J'avais le choix, sur la même rue, entre deux Lidl et un autre Aldi. Pour avoir – je confesse – fait mes courses aux Galeries Lafayette durant deux ans, ça fait un choc. Le concept de chaine du froid est plutôt aléatoire et l'ergonomie du magasin ferait paniquer un maitre feng-shui. Le plus curieux est cette obsession des entreprises allemandes à vendre n'importe quoi en utilisant une marque française fictive. Chose curieuse mais des clients viennent là spécialement pour acheter des fringues. Je dubite.

Après-midi consacrée à utiliser le U-Bahn et à le réutiliser pour revenir au point de départ. Je retire 500 € (aaargh…) pour régler ma caution et mon premier mois de loyer. Voulant en profiter pour re-retirer 400 € (re-aaargh…) pour le Sprachkurse le distributeur automatique refuse et me rend ma carte avec un rictus de suffisance mal dissimulé… 

U-Bahn Stadtmitte. Sortie pile devant l'ambassade nord-coréenne, qui ressemble un peu à ma barre. Stadtmitte est un peu l'équivalent du boulevard Haussman, et on y trouve naturellement les Galeries éponymes, dessinées par Jean Nouvel (rayon Gourmet à tomber, un peu comme ses prix…). Dans ma fuite en avant je longe Leipziger Strasse, passant devant le Bundesministerium für Finanzen, abrité dans l'ancien ministère nazi de l'Air. Au bout de la rue se dressent les tours de la Potsdamer Platz, vitrine du renouveau de Berlin. C'est en fait un quartier d'affaires comme les autres, dont l'attrait essentiel réside dans l'accès WIFI gratuit que propose le Sony Center. Sur le retour, re-passage par Aldi et rapatriement sous la pluie (de la vraie, à l'allemande) à la Casbah, le bruit de la pluie sur les arbres rappelant plus un bois qu'une cité…

2 septembre 2008 – Ubahnsexual in Berlin


Tegel International Airport (TXL pour les intimes), 9h00. 6 ans plus tard. Berlin ist wieder Berlin. Premiers pas sur le sol germanique, d'une banalité surprenante. Les instructions sont en anglais, et comme plus aucun contrôle de passeport ne marquer l'entrée en RFA, on ne sent pas la solennité de l'instant, car solennité il devrait y avoir. 

Pourtant, l'Allemagne est là, et bien là. Sortie de l'aérogare, hésitations, retour et re-sortie pour enfin trouver les arrêts de bus. Contrairement à Roissy ou Orly, Tegel n'a le droit qu'au bus.

Direction Zoologischer Garten, sachant que sur Google Map, ma Résidence Universitaire n'est pas loin d'un zoo. Et là, premier vrai contact avec l'Allemagne : « Ausweiss bitte ». Inconsciemment ça fait penser à des trucs. Une fois l'Ausweiss contrôlé arrive, après une Église de Scientologie (ici aussi ?) l'arrêt Zoologischer Garten comme me le signale une dame d'un certain âge aux cheveux rouges. À noter que le Berlinois ne se cantonne pas aux seuls et fades brun, blond, châtain et roux. Non, le Berlinois se pare de bleu, vert, jaune, et ce à tout âge. Le Berlinois est un personnage central à Berlin. Il convient donc d'y prêter une attention particulière, on pourrait le froisser.

Donc, descente. Flottement. Éclair de lucidité. Berlin a trois zoos. Le bon – le mien, qui se nomme en fait Tierpark – est à 25 kilomètres. Là a lieu la première rencontre avec le système sanguin berlinois : le U-Bahn (et son ptit frère le S-Bahn, RER de la capitale allemande). U-5 direction Alexanderplatz puis U-6 direction Helhow (je crois). La durée du trajet permet de poursuivre l'observation du Berlinois. Et curieusement, on le croirait majoritairement resté fin 1990 début 2000 (voire largement plus tôt). Vestimentairement, il est bien loin du Parisien. Les slims et consorts sont loin de faire l'unanimité ici-bas. Par contre, le Berlinois sous-terrain est courtois, poli et tout et tout. Un vrai Allemand.

Tout trajet ayant un but (comme la ligne a son Ziel), le mien arrive : Tierpark. La station donne sur le jardin zoologique en question. Lui fait face la quintessence du style architectural post 1945 à l'Est de l'Europe. Gasp. C'est vrai, Berlin Est fait vraiment Berlin Est. Mon nouveau chez-moi. De loin ou de haut, ça parait rugueux. En réalité, par moment, on pourrait se croire partout, sauf dans une ville de 3,5 millions d'habitants tellement c'est vert. Chaque barre (ou chaque tour, question de point de vue) est cernée par des jardins… ça en deviendrait humain. 

Pour un Français moyen (présent), une telle concentration de population (la norme est d'environ 8 étages / immeubles), avec de plus un forte proportion de HLM, c'est un ghetto. Ici on se croirait dans une p'tite ville de campagne. Les jeunes sont assez scooter – tunning, hésitant entre le survet et le costume du parfait petit punk (coupe de cheveux roses incluse), mais pas du tout craignos. Un bon point.

Après une longue errance au hasard des trottoirs arrive le Sewanstraße nr. 164 bis 219. Majestueux parallélépipède de béton, doté de son inévitable square. L'accueil est à son extrémité, au 219. C'est géré par le CROUS allemand. Donc ça marche. En 4 minutes, j'ai ma clé (une pour toutes les pièces de la résidence, les portes d'entrée, salles communes et botes aux lettres, très collectif), mon état des lieux, mon contrat de bail et le montant du loyer et de la caution. À payer en cash. (Si les Chinois ont inventé le billet de banque, c'était surement pour le vendre aux Allemands. Tout ou presque se fait en cash). Point négatif, le WIFI est payant et facturé au méga-octets. Le triple-play n'est pas encore la norme de ce côté du Rhin.

Sortie, direction le 215, porte d'entrée, ascenseur, six étages. Il en reste encore six au-dessus, mais c'est ici. Ouverture de la porte. Le WohnGemeinschaft (WG) se décompose en un couloir desservant la salle d'eau à droite, puis la cuisine et une chambre. L'autre côté est occupé par deux chambres. C'est clean, voire aseptisé. Pourtant au fond du couloir des fringues sont étendues sur le séchoir (prévu à cet effet). Ma chambre est au fond du couloir à gauche…

Toujours la clé. La pièce est immaculée, 13m carré qui sente limite le désinfectant. Comme le reste de la résidence, elle a été rénovée en 2004 ; une baie vitrée donne sur une tour (après un jardin...). Cinq meubles sont disséminés dans le chambre. Lit – bureau – chaise – deux armoires. D'aucun diraient épuré. C'est pire. Posage des affaires et tour du co-propriétaire (rapide : SDB et cuisine). Quelque traces de vie attestent de l'existence d'au moins un habitant, qui pour l'heure est absent. Dans la cuisine, un poster FHM me rappelle un certain backpackers anglais – et certains de ses occupants… À voir. 

14h, décollage direction une banque, étape obligée pour l'étudiant de passage. À Tegel, tous les établissements du pays se battaient pour souhaiter au visiteur la bienvenue en Allemagne. Confiant, je commence à m'enfoncer dans le quartier, au hasard des rues. Mais à 15H, toujours pas la moindre banque. Par contre, des Friseurs, des carrossiers (voire plus haut), des boutiques de trucs inutiles, des Imbiss glauques… La première agence Deutsche Bank qui apparaît deviendra surement – et à juste titre – un lieu de pèlerinage obligé. Bizarrement, la conversation avec les employés se passe bien, et en 10 minutes, le compte est créé.

Escapade culturelle vers Alexanderplatz, le vrai cœur de Berlin, assez marqué 1970, et dominé par la Fernsehturm, plus grand bâtiment d'Allemagne et point de repère obligé dans la capitale. Vient ensuite la mairie de Berlin, la Rote Haus. Devant elle, les statues de Marx et Enghels. Après la Spree on passe dans la Museeninsell. À gauche, les ruines en reconstruction du Palais de la République de la RDA déconstruit en 2003. L'axe central de Berlin est toujours dans l'Histoire. L'Université Humboldt est à 300 mètres, une fois passé l'autre bras de la Spree. Plus pur style prussien, comme le reste de Unter den Linden. Tout au long de ces Champs Élysées berlinois s'alignent les symboles de la puissance de l'Allemagne qui rappellent que Berlin est une vraie capitale : sièges sociaux, ministères, le fameux hôtel Adlon, department stores, concessions de luxe, ambassades (à quelques rues se côtoient les représentations russe, américaine, britannique et française). La Brandenburger Tor clôt l'avenue et ouvre sur le Reichstag...

Retour à Sewanstraße, via le McDo de Frankfurter Allee. Ascenseur – 6 étages. Et là, découverte du colocataire. Grand, blond, lunettes cerclées métal (qui figure avec la moustache au Panthéon stylistique d'Outre Rhin)… Allemand peut-être? David, aus Magdeburg. Trainee (en alternance) dans le management. Il sait surtout où se trouve l'ikea le plus proche, ce qui lui confère à mes yeux une certaine aura…