dimanche 26 octobre 2008

Du nouveau à l'Est

Postdamerplatz, version sud
La tour est l'œuvre de Renzo Piano.

Berlin, de la Leipziger Platz (à gauche) à plus loin…

Berlin, le Tiergarten, DB Tower, Mitte, le tout depuis la Debbie Tower (à 96 mètres)

Bientôt deux mois de présence dans la capitale teutonne… Et comme une impression bizarre, qui me ferait dire : « Déjà!!! ». J'essaye de reprendre le fil après un mois et demi d'absence de nouveaux articles. Et de m'interroger sur ce que j'ai bien pu en faire. 


Récapitulons.


Les cours ont réellement débuté il y a deux semaines. Et ça a été la confirmation d'un cliché à l'égard des Allemands, ils bossent. Par contre, non, les universités allemandes n'ont rien de très prussien ou de très rigoureux en ce qui concerne leur fonctionnement. L'année universitaire se divise en deux semestres (oh, quelle originalité), Wintersemester du 15 octobre au 15 février, Sommersemester de la mi mars à la mi juillet (oui, oui, juillet…), crédités de 30 SP (ou Studien Punkt, qui valent un ECTS. La question étant : pourquoi ne pas les appeler directement ECTS ?). Ma fac, la Wirtschaftswissenchaftsfakultät (ou wiwi, entre initiés) remet un Studienführer (le mot n'est pas super engageant), un catalogue de l'ensemble des cours proposés. C'est aux étudiants de choisir leurs cours, sans aucune exigence particulière. Pas de vraie distinction entre Bachelor et Master, surprise de découvrir qu'un cour comme Business and Society a en fait lieu en allemand (comme le laissait présager l'intitulé), des amphis vieux de 60 ans (dont les sièges semblent dessinés pour des personnes dotées de tout petits bras, les tables arrivant au niveau des épaules), des salles en travaux (un genre de travaux dangereux, à voir les panneaux triangulaires à tête de mort sur le plan de la fac, drôle), une administration super bien organisée (pour récupérer sa caution versée pour la réservation d'une chambre de Cité U, d'adresser à trois bureaux différents situés dans trois ailes différentes et sur deux étages du Hauptgebaüde d'Unter den Linden = une heure…)… 

En fait, la Humboldt rénove une par une ses facultés (soit une quarantaine de bâtiments éparpillés de l'Alexanderplatz au Reichstag, de part et d'autre de la Spree = trois stations de S-Bahn), la Wiwi est en plein dedans.


Et tiens, l'hiver arrive. Pour les Berlinois, l'hiver commence en novembre. Personnellement, je le croyais déjà la depuis quelques semaines, mais non (pourtant 2° à 5° le matin, ça pouvait le laisser penser). Et je viens de me rendre compte qu'on vient de changer d'heure. Il fait donc nuit à cinq heure fin octobre, dès 15h30 – 16h en décembre, soit une heure plus tôt qu'à Rennes ou qu'à Brest (ça fait bizarre).


Les Berlinois n'en finissent pas de m'étonner. Ce qui me surprend le plus, c'est leur capacité à s'habiller comme des beaufs alors même que Berlin est surement une des villes les plus avant-gardistes et les plus créatives d'Europe. Sur ce point, impossible de le nier, Berlin bouge, remue, fourmille (de façon plus ou moins coordonnée). Il vaut mieux ne pas considérer Berlin comme une seule et unique ville, plutôt comme une mosaïque de villages ou de paysages urbains aux spécificités très marquées. La notion allemande de Bezirk, entité administrative plus grande qu'un quartier, sans être vraiment un arrondissement au sens français semble avoir été imaginé pour Berlin. Au hasard des rues on passe ainsi dans des univers hyper-variés. Tour d'horizon :

Kreuzberg, au sud de la Spree, où cohabitent communautés autonomes anarchistes et immigration turque (Kreutzanbul) – à noter que le Sénat de Berlin entend faire des rives de la Spree un nouveau quartier d'affaire (MediaSpree). Même si Allianz, Universal Music Germany ou MTV Europe sont présents, personne ne sait vraiment qui occupera ces nouveaux bureaux, alors que Berlin compte un nombre impressionnant d'immeubles vides et que le quartier est un des hauts lieux de la nuit berlinoise ;

Friedrichshain, plus à l'Est, hyper-touristique et grouillante d'étudiants, exemple type d'une architecture « raisonnée » est-allemande, à l'exacte opposé des alignements de tours et de barres ;

Prenzlauerberg, au nord-est, ancien quartier alternatif aujourd'hui un des lieux de prédilection des jeunes branchouilles (j'avoue, on n'en trouve quand même) et de la communauté gay ;

Hackesher Markt / Orianenburgstrasse / Friedrichsstadt, l'ancien quartier juif, où l'on retrouve les vestiges d'un certain Berlin anar', ceinturés des nouveaux lieux hantés par les bobos berlinois (Alternative Yuppies, selon la terminologie anglo-saxonne en vogue par ici) : galeries d'art, bars d'avant-garde, boutiques de créateurs, agences de com ou des nouveaux médias (MySpace Europe…) ;

Mitte, autour d'Unter den Linden et de l'Alexanderplatz, le mix « parfait » entre immeubles du gouvernement fédéral, monuments hérités de la splendeur prussienne et department stores de luxe (dont les inénarrables Galeries Lafayette)…

la Potsdammer Platz, « The Platz to be », d'où est sorti en l'espace de quinze ans un quartier d'affaire rutilant (et un rien mégalo) longeant le Tiergarten ;

justement, de l'autre côté à l'ouest, le Kudamm', centre de Berlin Ouest qui garde son petit côté ilot d'opulence au cœur d'un océan de précarité soviétique …




Sans compter les trucs sortis de nulle part, comme le Tape Club, temple de la musique minimaliste berlinoise (planté dans un hangar du genre Rungis derrière la Hauptbahnhof – soit, pour ainsi dire, nulle part – un passage obligé à Berlin). Et donc, ce qui me ramène à mon observation, même là, les Berlinois sont mal sapés…


Et en passant, Berlin reste une ville chargée d'histoire. XVIIIème siècle resplendissant comme au Schloss Charlottenburg, résidence de la reine de Prusse Sophie Charlotte de Hannovre, j'en profite pour étaler mon savoir tout neuf). XXème douloureux (Mythos Germania, où le projet délirant de Welthaupstadt imaginé par Hitler et Speer*). Ou XXème ridicule, quoique un peu inquiétant au « Bunker 5001 », où devait se réfugier le Politburo du SED, parti socialiste de la RDA en cas de guerre nucléaire sur le sol allemand. Le site, à une trentaine de kilomètres au nord de Berlin est impressionnant, vaste enfilade de pièces et de couloirs enfouis sous 10 mètres de terre et de béton dans un décor de base militaire abandonnée perdue au milieu des bois. 

Question : une fois l'Allemagne transformée en un vaste parking nucléaire tout lisse (et avec elle, les Allemands), à quoi pourraient servir 300 ploucs enfermés dans une cave ?


* Berlin conserve quelques traces de ce projet réellement effrayant, comme le début d'une Autobahn souterraine – le tunnel routier le plus large au monde – enfoui sous le Tiergarten… Mais le témoignage le plus parlant reste le Humboldthain, au nord de Berlin. À première vue, un Volkspark comme un autre, avec sa roseraie, sa piscine et sa colonne arborée. Pour info, Berlin est une des grandes villes les plus plates d'Europe. Les seules promontoires (6 ou 7) sont des amoncèlements de débris issus des ruines de la ville, et convertis en parcs publics. Seulement le Humboldthain et sa colline sont en fait les vestiges d'une forteresse anti-aérienne érigée par les Nazis durant la guerre. Ce monstre de béton et d'acier a supporté sans problème des années de bombardements alliés et des semaines pilonnages soviétiques. Dans les années 50, après plusieurs essais et grâce à des dizaines de tonnes d'explosifs, la partie sud a été rasée. Les soviétiques ont préféré limité les frais et convertir les restes en les recouvrant de terre. Je m'étend, mais personnellement, je suis passionné.

jeudi 23 octobre 2008

Schreibung wird bearbeitet - Work in progress




Dire que je n'ai pas été assidu est un euphémisme, aussi crédible que les interdictions de fumer dans les stations de métro berlinoise.
Mais je pense sérieusement à m'y remettre, disons ce week-end.

Pour le moment, mes premières semaines à la fac agissent comme un rouleau compresseur, écrasant au passage tout ce que je croyais savoir sur la ponctualité et l'organisation à l'allemande. La seule idée préconçue qui s'est avérée exacte reste que oui, les Allemands forment un peuple qui bosse. Beaucoup. Trop. (Voire même n'importe comment, du moment qu'ils bossent).
Bref, les jours sont assez courts.

La suite pour bientôt…



dimanche 21 septembre 2008

3. Woche – United States of Germany

Il existe un pays où la voiture est un objet de culte, où manger est une obsession (si possible vite, gras et à emporter), où les retraités doivent travailler pour pallier aux pensions trop faibles. Un pays où critiquer le gouvernement fédéral est un sport national, où la richesse côtoie le dénuement complet, où il est possible d'entrer dans un magasins de fringues du XXL au 8XL, où les championnats de hockey, de basket ou de foot US squattent les unes des quotidiens…

Il suffit de traverser le Rhin. 

C'est assez surprenant, mais les Allemands ont adopté énormément de comportements et même de mots (on parle de Laptop ou d'usb Stick) américains. On est très loin de l'image d'Épinal… Et parallèlement, les manifestations se terminent aussi bien devant la Chancellerie Fédérale que devant l'ambassade (massive) US. Ca en devient marrant.


Par ailleurs, je découvre le Berlin alternatif et festif, qui se croisent assez souvent. Il n'est pas rare de trouver un club ultra-hype entouré de stations de métros squattées et de terrains vagues parsemés de seringues usagées. Par moment on se demande vraiment pourquoi on vient de se taper une heure de U-Bahn (dont trois stations en bus, logique pour une ligne de métro…) pour arriver nulle part (en l'occurrence, quelque part vers Kreutzberg) avant de tomber par hasard sur un bar-club indo-lounge. Das alles ist Berlin…

Excursion au Flohmarkt  de Mauerpark, dans le nord ouest de la ville. C'est un grand marché aux puces dont la majeure partie des "commerçants" semble sortir tout droit d'un teckos (technival). L'endroit idéal pour trouver, au milieu d'un océan de trucs inutiles, des meubles, bouquins et ustensiles divers made in East Germany. Et surtout des fringues de créateurs débutants vraiment po mal (et pas cher en plus).

Ah, j'oubliais. Rencontre avec le RU allemand, Mensa de son petit nom.

Une (dés)organisation un rien soviétique, bouffe hésitante facturée au plat (voire au poids). Fait presque regretter le Fougères…

dimanche 14 septembre 2008

Reichtag


Potsdamerplatz

Mémorial de la Shoah

Plus de photos sur facebook




Deuxième semaine – Berlin als Fremdleben

Lundi, 15h : 27°. Dimanche, 15h : 11°… À ce rythme là j'aurai mieux fait de partir en Islande…


Ma vie berlinoise se met en place. Les cours de Deutsche Als Fremdsprache – Allemand langue étrangère – ont commencé. Prenez 15 étudiants de 20 à 26 ans originaires de toute l'Union , du Canada et du Japon, faites les parler allemand et vous passerez la moitié du temps à décrypter les différents accents… Le reste du temps, vous ramez à expliquer des concepts qui n'existe que chez vous. Allez tenter de faire comprendre à une étudiante danoise le fonctionnement des classes prépas (le tout en Allemand, même pas le droit à l'Anglais. À la limite, mimez). Groupe sympatoche, d'horizons divers (avec quand même 4 francophones…). Et au fonctionnement tout autant différent, quand on sait qu'au Danemark, on ne vouvoie que la Reine alors qu'au Japon, on vouvoie différemment si l'interlocuteur est plus ou moins âgé que vous. 

Les cours se passent Dorotheenstraße, dans un immeuble tout neuf (Sprachen-Zentrum) en face de l'ambassade roumaine, à 250 mètres du Reichtagsgebaüde, soit en plein quartier gouvernemental. Comme toujours à Berlin, le lieu ne correspond pas à la fonction. En l'occurrence, Dorotheenstraße accueille – entre autre – les bureaux du Bundestag, le centre de presse de la Chancellerie Fédérale et le siège berlinois de Veolia : du lourd. Pourtant la route (en ciment) est complètement défoncée. Les immeubles sortent tout droit de l'imagination débordante des architectes géniaux issus des écoles de la RDA (”Tiens, l'accès handicapé a des marches…“) et les chauffeurs de taxis (à l'affut des clients du 4 étoiles qui touche le SZ) bloquent assez souvent la circulation en s'aventurant dans des manœuvres assez sombres.

Cependant l'ambiance est pas mal, un mélange de cadres sup' (mangeant leur Curry-Würtz dès 11 heures), de hauts fonctionnaires (munis des mêmes saucisses au curry aux mêmes heures) et d'étudiants étrangers (surpris de voir des cadres supérieurs et des hauts fonctionnaires une saucisse dégoulinant de graisse – même au curry – à la main).

Autre chose. En réfléchissant dans le U-Bahn – entre deux contrôles de Fahrscheine (toujours par les mêmes contrôleurs en civil, payés 450€ mensuels : emploi d'intégration), on a tout le temps de réfléchir dans le U-Bahn… Bref, je me suis rappelé que Berlin avait eu à une époque deux centre-villes. J'ai remarqué que la plupart du temps, pour un étudiant ou un touriste, Berlin se compose surtout de l'ancien Berlin-Est. Donc excursion week-endale à la découverte de Kurfürstendamm. Après plusieurs errances dans le Netz (le réseau de transports), heureusement, j'étais pas tout seul, nous débarquons un peu par hasard Wittenbergplatz. Et là, surprise, des gens. Des vrais gens comme dans toutes les grandes villes d'Europe. En face de la U-Bahnof se détache la silhouette unique de la Kaiser-Wilhem-Gedenktnisskirche (qui ne s'écrit surement pas comme ça. En vrai ça veut dire Église du Souvenir). À moitié rasée pendant la Guerre, l'Église a conservé en l'état son clocher d'origine. Autour on a construit une nouvelle église moderne, dont le nouveau clocher fait office de miroir à l'ancien. C'est réellement impressionnant. 

Néanmoins, l'attraction la plus intéressante du Kudamm est sans conteste sur la droite : le Kaufhaus Des Westen, ou KaDeWe, le plus grand grand magasin d'Europe. Huit niveaux immenses où se croise l'ensemble des grandes marques mondiales (remarque, sans les françaises et les italiennes, il ferait plus que trois étages). Le dernier étage abrite l'un des rayons « gourmet » les plus fournis au monde. Où ils vendent la baguette 2,50€. Lol.

Le Kudamm accueille les magasins des plus grands couturiers, joaillers, chaines diverses… comme partout ailleurs, mais aussi les concept shops des designers locaux, qui sont autrement plus intéressant. Les rues adjacentes, où se croisent Lamborghini, Ferrari et Bentley (la bagnole est la grande passion de l'Allemagne) sont super agréables, les immeubles semblent plus anciens qu'ailleurs dans la ville. Et ici aussi, on trouve facilement des places de parking. Même sur le Kudamm. C'est sidérant. Par contre – on reste à Berlin – hormis dans des zones bien précises, les rues sont pas super fréquentées, juste une manifestation contre la Scientologie. Les Allemands doivent être terrorisés par les manifestations. Une trentaine de manifestants. Au moins autant de flics (dans leurs uniformes verts assez laids).

Escale au Reichstag. Enfin plutôt tentative, puisque portes ouvertes oblige, la moitié de la ville y est aussi. Les alentours sont sortis de terre dans les cinq dernières années et abritent, entre autre la Bundeskanzleramt, sorte de Matignon allemand relooké par un designer d'espace. Et au milieu, outre le fait que la Spree y coule, on trouve les habituelles zones à l'abandon.


C'est écrit dans le U-Bahn : ”Sei arm, sei sexy, sei Berlin“ : « soit pauvre, soit sexy, soit Berlin ».

dimanche 7 septembre 2008

Photos




Humboldt Universitätt zu Berlin

Vendredi 5 > Dimanche 7 – « Das alles ist Deutschland, das alles ist wir »

Bizarrement j'ai appris que j'étais un immigré en situation irrégulière… Vérité implacable qui m'est apparue alors que, payant leurs stages de Sprachkurse, la majorité des étudiants Erasmus arboraient fièrement leur Anmeldung. Ce document d'allure banale sert à justifier à tous ceux qui le savent déjà que vous habitez bel et bien à Berlin. Sachant que depuis votre arrivée, votre fac est au courant, le Studentwerk est au courant, votre nouvelle banque est au courant, tout comme votre nouvel opérateur mobile, les douanes, les services aéroportuaires, BerlinVerkherGemeinde, l'agence Socrates, etc… Mais vous pourriez mentir. Obtenir ce sésame tant convoité requiert une attente de 2 heures au Bürgeramt, surement pour que les expatriés français ne soient pas surpris de découvrir des services publics efficaces (sont fort ces Allemands). Et donc ça y est, les cours commencent demain. Parmi les 200 étudiants du stage, au moins 40 Français.

Le rythme de vie berlinois est assez surprenant. Le samedi tous les Supermarkt sont fermés dès 17h. Et garer sa voiture, même sur Alexanderplatz ou Unter Den Linden ne pose pas de problème. Les gens ont le temps et sont polis. Et pas que les gens. Aux U-Bahnhof les TV interrompent leurs programmes pour vous dire qu'un train arrive (sinon vous auriez pas pu le deviner…). Le U-Bahn vous signifie à chaque arrêt de quel côté descendre, des fois qu'il vous soit apparu nécessaire de détruire une porte close et de vous glisser le long du mur pour devoir sortir de la rame. Le consommateur semble être avant tout un ami, puisque toutes les indications dans les magasins sont à la deuxième personne du singulier. 

Et les gens mangent. Partout, de tout, n'importe quand. Croiser un cadre sup' tenant une saucisse à la main est habituel. Du coup, le métro sent la bouffe. L'atmosphère des stations est un joyeux mélange d'odeurs de curry, de kebabs et de McDo, même à 7h… Berlin a poussé le concept d'homme-sandwich à son paroxisme : dans toutes les rues passantes des vendeurs portent un plateau chauffant recouvert de saucisses au curry.

Dans une capitale européenne, il est assez rare de voir des écureuils traverser les rues. Comme il est rarissime (et douteux) d'y croiser des rats… Et par moment, entre les immeubles à l'abandon et les odeurs d'égouts – et sans les expositions d'art conceptuel ou les équipes de tournage – on se croirait un peu dans un pays en développement.